Sous le soleil de tes cheveux blonds d’Agathe Ruga

Elle ose la vie Brune, elle en explore les replis. Elle fait ressurgir des émotions qui ont laissé des empreintes profondes. Des années heureuses aux blessures de l’enfance, de la folle sororité avec Brigitte à la crise et à leur rupture. Brune raconte et se raconte à son amie perdue dans l’évocation de ses souvenirs. A qui dire sinon à l’autre, miroir d’identité et son contraire. Puis vient le kaléidoscope de l’Amour, l’amour raisonnable avec Valéry, l’Amour maternel puis l’Amour passion avec Marceau. Leur cohabitation va mettre au jour leurs espoirs et leurs désillusions. La rupture, le désamour de soi, l’ennui puis la reconstruction, Brune c’est tout cela, elle avance malgré les aléas de la vie, malgré les turpitudes de l’existence. Quatre vies se révèlent peu à peu et incarnent une époque, un milieu. Brune dynamise, elle illumine jusqu’à enrober de ficelles dorées ses jeunes années et son univers. Roman éblouissant de liberté et de compassion, elle a les mots justes Agathe Ruga, son style est vif, puissant, solaire, percutant. Brune la scientifique, Brune la littéraire qui aime les mots et qui sait s’en servir avec une profondeur et une verve à couper le souffle. Agathe Ruga en sculptant sa vie nous en dit long sur la force et le chagrin d’être femme aujourd’hui. Un roman plein d’épines et de pétales. Un roman qui est un grand saut en plein cœur de la vie.

Je ne veux pas être jolie de Fabienne Périneau

Romancière sage et intrépide, Fabienne Périneau l’est car elle s’applique à retranscrire avec une humilité terrifiante l’histoire de Jo  qui ne voulait pas être jolie ou plus exactement qui voulait être protégée par les siens. L’auteure brouille les cartes dans ce roman qui lève un coin de voile sur les coulisses d’une famille comme il faut. Par le biais du personnage de Jo, la romancière révèle des secrets intimes. Et ce livre qui est à la fois sincère, rigoureux, redoutable et enflammé se révèle être un roman touchant et de plus tout à fait d’actualité. Un style à la fois souple et tendre, sensuel et sec si nécessaire. Le rare détachement, la non compréhension et le silence d’une mère, d’une famille, le combat sans faille d’une jeune femme qui clame à tous la vérité. Les échanges vides de sens, de clairvoyance et d’empathie entre les frères et sœurs. Un état de choc qu’il faut étouffer, occulter pour ne pas être ennuyeuse, pour ne pas déranger, le déni des uns et des autres, des secrets de famille bien gardés. Tout cela est extrêmement bien écrit et je suis rentrée dans l’histoire avec une grande facilité. L’auteure a su me propulser dans un monde pathologiquement clos sur lui-même et dont la façade policée dissimule une propension dramatique et refoulée à la brutalité psychologique la plus extrême. Voilà mon ressenti en lisant ce livre. Il m’a bousculée en me heurtant et je suis restée sans voix. Merci à Fabienne Périneau d’avoir écrit ce livre pour toutes celles et ceux qu’on muselle pour les réduire au silence pour ne pas déranger.

Un barrage contre le pacifique de Marguerite Duras

La mère agissait toujours ainsi, elle croyait et obéissait à des pulsions qui lui apparaissaient comme évidentes. Des centaines d’hectares de rizières seraient soustraits aux marées avec la construction d’un barrage. Elle était tellement sûre d’elle-même qu’elle s’était mise dans l’idée de le réaliser. Mais ça n’a pas fonctionné. La vie en Indochine est très difficile pour la mère de Suzanne  dans le livre qui n’est autre que la mère de l’auteure. Marguerite  Duras fait renaître ses souvenirs à travers l’évocation de sa jeunesse dans l’Indochine coloniale, ce monde disparu où sa mère maintenait des rites surannés d’une enfin le simulacre d’un avenir meilleur pour les petits blancs et pour les enfants du pays qui meurent trop tôt dans une terre boueuse allouée par des agents cadastraux fortunés. C’est un récit violent, bouleversant, mêlé à une terre ingrate, l’Indochine scintille malgré tout de mille feux. Marguerite Duras à travers ces couleurs charrie des mots, des images ainsi que des phrases sinueuses, violentes et sensuelles pour  décrire ce funeste paradis qui était le sien. Ce récit nous met face à des représentations que l’on se fait de l’autre dont nous n’avons pas forcément conscience. Il nous rappelle que nous rêvons les cultures qui ne sont pas les nôtres que ce soit avec passion, amour, lassitude ou obstination, comme des fantasmes qui sont à la fois ce qui nous fait rencontrer l’autre ou ce qui nous en éloigne. Très belle rencontre avec l’écriture de Marguerite Duras.

LAMBEAUX de Charles Juliet

Tes yeux. Immenses. Ton regard doux et patient où brûle ce feu qui te consume. Où sans relâche la nuit meurtrit ta lumière. Dans l’âtre, le feu qui ronfle, et toi, appuyée de l’épaule contre le manteau de la cheminée. A tes pieds, ce chien au regard vif et si souvent levé vers toi. Dehors, la neige et la brume. Le cauchemar des hivers. De leur nuit interminable. La route impraticable, et fréquemment, tu songes à un départ à une vie autre, à l’infini des chemins. Ta morne existence dans ce village. Ta solitude. Ces secondes indéfiniment distendues quand tu vacilles à la limite du supportable. Tes mots noués dans ta gorge. A chaque printemps, cet appel, cet élan, ta force enfin revenue. La route neuve et qui brille. Ce point si souvent scruté où elle coupe l’horizon. Mais à quoi bon partir. Toute fuite est vaine et tu le sais. Les longues heures spacieuses, toujours trop courtes, où tu vas et viens en toi, attentive, anxieuse, fouaillée par les questions qui alimentent ton incessant soliloque. Nul pour t’écouter, te comprendre, t’accompagner. Partir, partir, laisser tomber les chaînes, mais ce qui ronge, comment s’en défaire ? Au fond de toi, cette plainte, ce cri rauque qui est allé s’amplifiant, mais que tu réprimais, refusais, niais, et qui au fil des jours, au fil des ans, a fini par t’étouffer. La nuit interminable des hivers. Tu sombrais. Te laissais vaincre. Admettais que la vie ne pourrait renaître. A jamais les routes interdites, enfouies, perdues. Mais ces instants que je voudrais revivre avec toi, ces instants où tu lâchais les amarres, te livrais éperdument à la flamme, où tu laissais s’épanouir ce qui te poussait à t’aventurer toujours plus loin, te maintenait les yeux ouverts face à l’inconnu. Tu n’aurais osé le reconnaître, mais à maintes reprises il est certain que l’immense et l’amour ont déferlé sur tes terres. Puis comme un coup qui t’aurais brisé la nuque, ce brutal retour au quotidien, à la solitude, à la nuit qui n’en finissait pas. Effondrée, hagarde. Incapable de reprendre pied. Te ressusciter, te recréer. te dire au fil des ans et des hivers avec cette lumière qui te portait, mais qui un jour, pour ton malheur et le mien, s’est déchirée.

 

lambeaux

Mon avis :

Lambeaux de chairs qu’il faut recoller. Fragments de vie qu’il faut reconstituer. Méandres de la mémoire qu’il faut retrouver. Débris d’états d’âme qu’il faut consolider. Peurs qu’il faut surmonter. Douleurs vives qu’il faut atténuer. Revivre le passé pour se renforcer. Oublier les cours d’instruction militaire, oublier la discipline. Se couper des autres pour ne plus être à côté de soi-même. Solitude retrouvée pour penser. Partir pour revenir à l’essence même de la vie. Découvrir un portrait, un visage aimé pour égrener dans son inconscient des épisodes de vie. Restituer avec douceur des parcelles de souvenirs pour mieux les interpréter. Aligner des mots pour se surpasser et se reconstruire. Tracer, écrire à tous les temps sans s’arrêter pour se libérer et pour s’aimer. Traiter sa vie toute intérieure sans forcer la voix car dans l’intime mis en lambeaux on ne pénètre pas en criant. Ce récit est un manchon de nostalgie et d’amour infini pour une mère trop tôt disparue ainsi qu’un voyage intérieur que l’auteur fait pour refermer des plaies qui seraient restées à jamais ouvertes. Un hymne à la vie. Un voyage intérieur pour éveiller la gratitude et nous faire grandir intérieurement. Livre bouleversant et lumineux. Lambeaux de Charles Juliet.

Les années d’Annie Ernaux

31kONMIiCFL._SX337_BO1,204,203,200_

Le récit d’Annie Ernaux entrecroise le passé  et le présent sans fioriture. Les souvenirs sont sûrs ainsi que leurs interprétations. Au travers de photos et de souvenirs laissés par les événements l’auteure évoque le passage des années, de l’après-guerre jusqu’à aujourd’hui. Cette évocation sociologique lui permet d’analyser son parcours personnel en parlant d’elle à la troisième personne. Cela lui permet aussi de tendre au lecteur un miroir où il peut se reconnaître. Mais il n’y a aucune poésie du souvenir dans son récit, l’écriture d’Annie Ernaux est journalistique et froide. « L’écriture plate me vient naturellement » dira-t-elle  « celle-là même que j’utilisais en écrivant autrefois à mes parents pour leur dire l’essentiel ». Pas de nostalgie du passé, elle travaille son écriture sans l’embellir, son style est grave, austère et académique. Elle parvient par des emprunts à la sociologie à exprimer un style à mi-chemin entre littérature et sociologie. Je ne poursuivrai pas ma découverte de cette auteure avec d’autres livres car j’ai besoin dans mes lectures de voir de la lumière et de l’enthousiasme pour la vie. Mais ce n’est que mon avis.

Le pays des autres de Leïla Slimani

slimani2

RESUME

En 1944, Mathilde, une jeune Alsacienne, s’éprend d’Amine Belhaj, un Marocain combattant dans l’armée française. Après la Libération, elle quitte son pays pour suivre au Maroc celui qui va devenir son mari. Le couple s’installe à Meknès, ville de garnison et de colons, où le système de ségrégation coloniale s’applique avec rigueur. Amine récupère ses terres, rocailleuses ingrates et commence alors une période très dure pour la famille. Mathilde accouche de deux enfants : Aïcha et Sélim. Au prix de nombreux sacrifices et vexations, Amine parvient à organiser son domaine, en s’alliant avec un médecin hongrois, Dragan Palosi, qui va devenir un ami très proche. Mathilde se sent étouffée par le climat rigoriste du Maroc, par sa solitude à la ferme, par la méfiance qu’elle inspire en tant qu’étrangère et par le manque d’argent. Les relations entre les colons et les indigènes sont très tendues, et Amine se trouve pris entre deux feux : marié à une Française, propriétaire terrien employant des ouvriers marocains, il est assimilé aux colons par les autochtones, et méprisé et humilié par les Français parce qu’il est marocain. Il est fier de sa femme, de son courage, de sa beauté particulière, de son fort tempérament, mais il en a honte aussi car elle ne fait pas preuve de la modestie ni de la soumission convenables. Aïcha grandit dans ce climat de violence, suivant l’éducation que lui prodiguent les Soeurs à Meknès, où elle fréquente des fillettes françaises issues de familles riches qui l’humilient. Selma, la soeur d’Amine, nourrit des rêves de liberté sans cesse brimés par les hommes qui l’entourent. Alors qu’Amine commence à récolter les fruits de son travail harassant, des émeutes éclatent, les plantations sont incendiées : le roman se clôt sur des scènes de violence inaugurant l’accès du pays à l’indépendance en 1956.

MON AVIS

On ouvre donc le pays des autres en se persuadant que c’est une fiction en forme de récit intime, nourri d’éléments vrais tirés de l’existence des aïeuls de l’auteure. Usant de vrais-faux ou de faux-vrais romanesques on ne sait pas vraiment, Leïla Slimai invente et construit un monde plus vrai que nature. Elle raconte avec une infinie facilité le monde de ses grands parents où la vie de tous les jours est aussi dure pour une femme que pour un homme, un univers où ne règne que le dur labeur quotidien. Je rectifie un peu en disant sans trop me tromper que  la vie quotidienne dans une ferme isolée près de Meknès en 1950 est tout de même plus difficile pour Mathilde que pour Amine qui lui est rentré au pays. L’auteure signe là un roman d’une beauté douloureuse, un roman qui sous des allures de comédie dramatique parle de la famille et de la femme en particulier à travers le regard que peut avoir sa grand-mère alsacienne sur un monde gouverné par des hommes.  Mathilde évolue au  milieu d’un monde qui ignore tout de sa vie de jeune fille et de ses  plongeons dans le Rhin,  elle en est bien consciente et elle fait avec malgré la solitude qui la ronge, l’exil et la nostalgie qu’elle a de son enfance. Elle prend son rôle d’épouse et de mère très à coeur et est aussi intimement éprise de justice, elle fait face à la misère qui l’entoure, c’est par là une belle figure de femme libre qui se fait aimer et respecter pour ce qu’elle est et pour ce qu’elle entreprend afin d’aider les autres.  Une belle figure de femme libre, courageuse et solidaire, avant-gardiste pour l’époque. Il y a peut-être de quoi s’interroger sur la transmission de la réalité par la fiction car l’auteure enclenche une prise de conscience sur la mémoire. Une écriture sensible, bienveillante et lumineuse, sans parti pris. Leïla Slimani fixe les souvenirs par la voie littéraire et c’est excellent. Les mots sont bien placés et bien choisis. L’intensité du roman est servie par une écriture d’une grande sensibilité pleine de compassion et de tendresse,  précise aussi, harmonieuse, élégante, chaleureuse et colorée. Roman teinté d’exotisme, nimbé d’un parfum suranné d’une époque déjà lointaine et qui pourtant nous semble si proche. J’attends la suite avec impatience. Un coup de cœur.

Le livre des reines de Joumana Haddad

9782330124892

De plus en plus avec les années je me sens proche des âmes orientales féminines, je suis comme une spectatrice à l’écoute de cette petite voix intérieure qui me dit que je partage les souffrances des femmes du moyen orient. J’aime leur mélancolie qui est mienne. J’aime leurs peines qui sont aussi les miennes. Dans le livre de Joumana Haddad quatre portraits de femmes voient le jour et se font échos. Il y a Qayah l’arménienne avec les cheveux rouges, résiliente et énigmatique. Elle a vu avec ses yeux d’enfant le génocide de son peuple pour ensuite bien qu’elle ait survécu à cela a peu à peu sombré dans une abyssale mélancolie. La petite fille de Qayah, Qadar la libanaise, qui est la reine de cœur, son destin sera guidé par l’émotion. Elle voudra percer le mystère de sa grand-mère. Ses mauvaises  relations avec sa mère ont fait de Qayah sa vraie figure maternelle. Pour  Qana,  la mère de Qadar la palestinienne, incisive et déterminée, sa propre destinée sera régie par la volonté. Puis vient Qamar, la syrienne, fille de Qadar. Elle est impulsive et obstinée. Quatre figures liées à jamais par le sang et par la couleur rouge de leurs cheveux.  Joumana Haddad a écrit ce roman avec sa chair et son sang, sous toute cette violence sous-jacente des guerres intestines entre les peuples se superpose plus que jamais un exorcisme. C’est sous les pansements que chaque plaie refermée témoigne d’un pouvoir de résilience exceptionnelle. Joumana Haddad n’accorde aucune récréation à ses héroïnes et elle signe là un roman fort où les femmes sont omniprésentes avec leur passé, leur présent et leur futur qui s’entremêlent. Entre elles, les guerres au-dedans et au-dehors continuent de les lier éternellement. Mon coup de cœur du roman oriental 2020. L’avez-vous lu ?

 

La vie mensongère des adultes d’Elena Ferrante

La-vie-mensongere-des-adultes

Elena Ferrante retrace l’histoire intime, initiatique et secrète de Giovanna. Férocité de l’auteure qui désintègre les images sociales et les apparences qui sont souvent trompeuses en dévoilant les enfers intimes de ses personnages. Les pages les plus prenantes par leur densité sont celles où Elena Ferrante montre la détresse sentimentale et sensuelle de son héroïne, la première fois où son innocence est écorchée, la première fois où elle goûte l’amertume, la première fois où elle découvre le monde des adultes tel qu’il est, sa versatilité, la première fois où elle opte pour le silence. Cette rencontre avec le monde des adultes donne à l’auteure un prétexte pour aborder les relations houleuses entre adolescents et adultes. On y aborde tous les sujets, le corps et ses secrets, l’obsession du désir tournant à l’égarement. On rebricole le passé, dénaturant le présent jusqu’aux vérités du cœur les plus secrètes. Passé en lambeau et avenir en miette, l’auteure fait ressurgir des traumatismes lointains, des frustrations qui mettent les âmes à vif. Une lecture pour ma part déroutante car j’ai été quelque peu en contradiction avec ce que j’avais choisi de vivre avec ce livre.

Park Avenue Summer de Renée Rosen

Park-Avenue-summer

Quand « Mad men rencontre le diable s’habille en Prada » New York 1965. La formule n’est pas de moi mais elle est vraiment très juste. Alice Weiss, notre jeune héroïne nous fait découvrir à travers son histoire intime et personnelle la grande dame qu’était Helen Curly Brown dans le NY des années 60 pour les femmes qui revendiquent leur liberté et leur indépendance. La revue Cosmopolitan a pu renaître de ses cendres grâce à cette personnalité flamboyante et sulfureuse. C’est toute l’histoire de la presse féminine des sixties qui défile devant nos yeux. C’est la décennie de toutes les audacieuses, alliant effronterie et fermeté, comme la belle Helen qui ose s’aventurer au milieu de la meute masculine à l’affût, qui a les yeux braqués sur elle comme des jugements derniers. Les tensions au sein du journal sont palpables, la jeune Alice lorsqu’elle entre en scène n’est pas qu’une spectatrice, elle est aussi une alliée pour Helen. Cosmopolitan veut accompagner ces jeunes femmes dans leur révolution pour une maternité maîtrisée et une égalité revendiquée. La plupart de ces jeunes lectrices sont suspendues entre l’adolescence brute et les futures compromissions qu’elles auront à faire pour obtenir leur indépendance, alors Helen invente la femme moderne et le génie féminin s’en empare pour la modeler et en faire la forme achevée indépassable de la féminité. Le lecteur se projette dans les archives/photos des sixties où les icônes de la mode donnent le ton. Un très bon moment de lecture et d’évasion où l’écoulement du temps fut ralenti au moment du confinement ainsi qu’un retour vers un passé vintage qui a façonné les Etats-Unis et qui a changé le monde. S’aimer et mettre en avant ce que la nature nous a donné, voilà comment celle qui a imposé le décolleté plongeant en couverture de Cosmo a toujours encouragé les femmes à se sentir fières de leur féminité. Je tiens enfin à remercier Carine Verschaeve et les éditions du Cercle Belfond pour cette découverte.

La petite fille sur la banquise d’Adélaïde Bon

41AYivdwDML

Elle a neuf ans quand elle rentre chez elle, seule de la fête de l’école, un monsieur la suit et l’abominable se produit, c’est l’apocalypse, le trou noir, la confusion, la survie en apnée. Adélaïde n’a pas les mots, alors elle se tait, elle s’enferme et  oublie, l’inconscient se met en marche. Se substitue alors à elle un monde imaginaire fait de méduses qui  envahissent son être tout entier et diverses addictions apparaissent  pour l’aider à survivre à ses malaises et à ses angoisses qu’elle ne peut maîtriser ni expliquer. Elle se protège d’un traumatisme qu’elle ne s’explique pas. Elle a trompé sa famille avec sa fausse gaieté  pour faire plaisir et  surtout pour masquer sa souffrance. Les mots elle les a cherchés pendant longtemps. Si ses proches avaient pu voir ce qu’il y avait de l’autre côté du mur, ils auraient compris que ces choix sont souvent les seuls moyens pour  pouvoir survivre. Vingt-trois ans après, Adélaïde reçoit un appel de la brigade des mineurs, un suspect  est arrêté. L’auteure nous décrit son combat, ses années de souffrance puis les mots lui sont venus, elle a pu redresser la tête et surtout comprendre et s’accepter. Les mots sont salvateurs. Avec les mots elle accueille à nouveau la vie dans tout ce qu’elle a de beau après avoir fait éclater la carapace qui la tenait prisonnière. « La vie n’abandonne jamais, au tréfonds des océans, dans les ténèbres, elle luit ». Merci chère auteure pour ce témoignage si touchant.