Les indifférents de Julien Dufresne Lamy

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Résumé :

Ils sont les enfants bénis. Les élus. Personne ne les approche. Ils se surnomment les Indifférents.
Une bande d’adolescents bourgeois mène une existence paisible sur le bassin d’Arcachon. Justine arrive d’Alsace avec sa mère, recrutée par un notable du coin. Elle rencontre Théo, le plus jeune fils de la famille, et, très vite, intègre son clan.
De ces belles années, Justine raconte tout. Les rituels, le gang, l’océan. Cette vie d’insouciance parmi les aulnes et les fêtes clandestines, sous le regard des parents mondains. Mais un matin sur la plage, un drame survient. Les Indifférents sont très certainement coupables. La bande est devenue bestiale.

Mon avis :

Ce roman est magistral et vertigineux. Son parfum de secret, sa consonance mystérieuse éveillent un désir impétueux de découvrir ce qui se cache au détour de ce titre. C’est un labyrinthe prodigieux vers lequel on s’engage avec des allers-retours entre passé et présent. On sait dès le début qu’il y a eu drame, pourtant tout commence comme dans un rêve, enfin presque…
« La villa fait face à la mer. Accrochée à la pointe du Ferret, elle contemple la dune du Pilat. Une maison modeste de deux étages, sertie d’un hammam, d’une piscine, de deux courts de tennis, d’un patio, d’une serre et d’un garage de voitures, DS et Buick ».
« Avec Théo, on rentre de la plage tous les soirs, les faces calcinées par le soleil, lèvres rouges et joues salines. Nos cheveux lavés par les algues ressemblent à des anguilles ».
… mais les rêves sont parfois trompeurs. Julien Dufresne Lamy s’est intéressé au-delà du destin des personnages à une histoire sociale qu ‘il aborde avec un style précis et ferme. Ce roman est glaçant et implacable dans sa démonstration. L’auteur nous prend par la main dès les premières lignes pour ne plus nous lâcher jusqu’à la fin. Le récit met en scène deux mondes. Il crée les conditions de leur rencontre. La rencontre a bien lieu. Le plus dur sera la rupture. Ces ados sont enfermés dans leurs déterminations individuelles et culturelles, d’autres tentent d’en sortir, plus ou moins facilement. Leurs échecs tiennent soit à un excès de détachement, soit à un trop profond attachement à leur place ou à leur milieu ou bien à leur fonction au sein du groupe. Tous les personnages sont en place pour le désastre. Il progresse, implacable à la franche à la dure, la mer monte et d‘un coup elle attrapera les indifférents. Je dirai que c’est une tragédie adolescente à l’antique qui m’a profondément bouleversée ! Le paradoxe de la condition humaine c’est qu’on ne peut devenir soi-même que sous l’influence des autres. Ce que vous serez devenus est en partie le résultat des influences que vous subissez maintenant mais de grâce vous ne devez en aucun cas vous transformer en marionnette pour les besoins des autres ni obéir aux indifférents, choisissez celles-ci avec soin ! Jeunes, lisez ce livre fort, comme on le dit d’un alcool, c’est une histoire puissante qui révolte et qui broie le ventre.

 

 

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Filles de la mer de Mary Lynn Bracht

Ouf article perdu et retrouvé. Je le remets en ligne…

img_20180502_094045_481[2]Avec «filles de la mer» nous suivons l’histoire de deux sœurs, celle d’Hana en 1943 et celle d’Emi en 2011 en Corée du sud. Dès les premières lignes du roman nous sommes plongés en 1943 dans les eaux sombres de l’île de Jéju car Hana et sa mère sont des Haenyeo, c’est-à-dire des femmes qui plongent en apnée pour ramasser des fruits de mer. C’est un travail exigeant et qui représente avant tout une source de revenu pour la famille. L’occupation japonaise est un sujet tabou au marché lorsqu’elles vont vendre leur pêche durant ces années de guerre. D’emblée, Hana sait que protéger sa petite sœur Emi signifie la tenir à l’écart des soldats japonais, mais pourquoi, elle ne le sait pas encore, mais perçoit dans la voix de sa mère de la frayeur.
« Ne les laisse jamais vous voir ! et plus important que tout, ne te fais jamais prendre toute seule avec l’un d’entre eux » !
« Hana vient de pêcher une grosse conque qu’elle s’apprête à montrer de loin à sa sœur quand elle remarque un homme qui marche vers la plage. Hana s’aperçoit qu’il s’agit d’un soldat japonais. Son ventre se noue. »
Après avoir parcouru ces premières lignes, « filles de la mer » a été pour moi à la fois un prélude et une mise en abyme du roman qu’il annonce. Mary Lynn Bracht décrit le combat de ces deux sœurs arrachées l’une à l’autre et à leur famille par la force parce que des hommes en ont décidé ainsi. C’est une lente plongée en apnée que nous fait vivre l’auteure vers une fin que l’on croit inexorable.
A ce moment-là, Hana ne sait pas que ce caporal Morimoto l’emmène vers un funeste destin, celui de la prostitution forcée, on nommera ces jeunes filles des « femmes de réconfort » pour l’armée impériale japonaise. 400 000 jeunes filles coréennes seront déportées de cette manière. Après les injections mortelles du venin des soldats, Hana se sent comme un « débris oublié de la mer », définitivement étrangère à son corps et à sa vie. Il y a de la frayeur, de la colère mais il y a aussi la lutte et bien évidemment beaucoup de courage chez Hana pour survivre. Il est vrai que j’ai eu du mal à reprendre mon souffle parfois tellement cette histoire est prenante. Sa sœur Emi est touchante elle aussi, elle a souffert mais d’une autre façon qu’Hana.
Ce qui m’a frappée dans ce livre c’est le caractère insoutenable de cette violence au regard de ces très jeunes filles. Victime ou simple lectrice j’ai été comme unie par l’auteure dans un même cœur déchirant. Avec une très belle écriture, Mary Lynn Bracht nous entraîne au plus profond de ces deux êtres, nous faisant sombrer avec elles au fond de leurs dilemmes et puis nous faisant rejaillir pleine d’espoir à leurs côtés telles des braises qui ne se seraient jamais éteintes pour mieux se rallumer.
Mary Lynn Bracht s’est rendue à Séoul en pèlerinage pour voir de ses propres yeux la statue de la paix qui a été érigée en souvenir pour ne pas oublier. Cette statue est bien le symbole des violences faites aux femmes et aux très jeunes filles à travers le monde en temps de guerre. C’est un livre puissant, livre coup de poing et livre coup de cœur, inoubliable.

Les billes du Pachinko d’Elisa Shua Dusapin

Éditeur : Editions Zoé (23/08/2018)

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Résumé :

Claire va avoir trente ans et passe l’été chez ses grands-parents à Tokyo. Elle veut convaincre son grand-père de quitter le Pachinko qu’il gère pour l’emmener avec sa grand-mère revoir leur Corée natale, où ils ne sont pas retournés depuis la guerre. Le temps de les décider à faire ce voyage, Claire s’occupe de Mieko, une petite Japonaise à qui elle apprend le français. Elisa Shua Dusapin propose un roman de filiation, dans lequel elle excelle à décrire l’ambivalence propre aux relations familiales. Elle dépeint l’intériorité de ses personnages grâce une écriture dépouillée et plonge le lecteur dans une atmosphère empreinte d’une violence feutrée où l’Extrême-Orient joue son rôle.

Mon avis :

J’avais beaucoup aimé son premier roman « un hiver à Sokcho » où tout est suggéré et où l’auteure laisse une grande place à l’imaginaire dans une Corée du Sud hivernale. Elisa Shua Dusapin nous plonge cette fois-ci dans la frénésie de Tokyo, ville trépidante et chaude. En cette période estivale, Claire, Suisse d’origine coréenne rend visite à ses grands-parents à Nippori qui est sans conteste le quartier coréen. Elle prévoit un voyage pour leur faire redécouvrir leur Corée natale après cinquante années d’absence, pays d’où ils furent emportés malgré eux par l’exode pour fuir la guerre civile. Dans la mégalo japonaise le grand père gère un établissement aux multiples salles lumineuses remplies de machines à billes volumineuses et très bruyantes que sont les pachinkos. Claire aimerait tellement que son grand-père lâche pour une petite semaine ces machines qui oscillent entre les machines à sous et le flipper. Pour être plus proche de ses grands-parents, Claire parle le japonais, eux préfèrent garder leur langue d’origine. La communication s’avère donc très délicate et pour éviter de se sentir oisive et pour se soustraire à une cohabitation parfois pénible, Claire donne des cours de français à une petite japonaise de 10 ans, Mieko, que sa mère voudrait envoyer par la suite en Suisse pour la poursuite de ses études.
Elisa Shua Dusapin est capable de nous faire ressentir l’humanité et la non humanité qui l’entoure avec des phrases dépouillées et pleines de poésie. Claire découvre le microcosme des coréens de Tokyo, l’étouffement de la communauté coréenne repliée sur elle-même. Ils désirent garder leur identité, c’est tout ce qui leur reste. L’écriture est dure avec la dureté du diamant et douce à la fois. Claire, héroïne et narratrice a un regard qui va droit à l’essentiel, l’œil est lucide, acéré et capable de beaucoup de tendresse. C’est un roman sensible et grave avec le choc des cultures et le malentendu intergénérationnel où la communication est délicate sans oublier de vous dire aussi que la grand-mère retombe en enfance. Le thème de la solitude est à l’image de claire dans cette ville en ébullition avec ses endroits étriqués et bruyants. L’air est irrespirable et suffocant. Les gens se croisent sans se voir. Claire essaye de se retrouver dans cet univers où elle se sent étrangère, je dirais qu’elle est plutôt une observatrice active car elle cherche à tisser des liens. Cette histoire réaliste et magique ne distille pas de message, ne joue pas à plaider une cause, l’auteure se délivre du poids de la filiation qu’elle porte dans son cœur et de la quête d‘identité qu’elle abrite dans ses entrailles. Elle fait craquer tous les vernis pour nous donner un texte âpre et tendre aux mille facettes comme cette rue coréenne du Tokyo Shin-Okubu.
Un très beau roman donc qui est empreint de délicates attentions, de malentendus, de tristesse, de mélancolie, de tendresse, de violence, de douleur, de dignité et de confusions qui s’entrecroisent et qui nous bouleversent. Elisa Shua Dusapin sait marquer ses ouvrages d’une majesté qui appelle à la fois le respect et l’admiration.

 

 

 

Esprit d’hiver de Laura Kasischke

001[1]ISBN : 2267025221
Éditeur : Christian Bourgois Editeur (22/08/2013)

Résumé :

Réveillée tard le matin de Noël, Holly se voit assaillie par un sentiment d’angoisse inexplicable. Rien n’est plus comme avant. Le blizzard s’est levé, les invités se décommandent pour le déjeuner traditionnel. Holly se retrouve seule avec sa fille Tatiana, habituellement affectueuse, mais dont le comportement se révèle de plus en plus étrange et inquiétant…

Mon avis :

Cet esprit d’hiver m’a glacé le sang. Eric et Holly ne peuvent pas avoir d’enfant, ils sont allés jusqu’en Sibérie pour adopter Tatiana, petite fille de l’orphelinat Pokrovka n°2. Son nom était inscrit au marqueur sur un morceau de carton. Son petit lit était le quatrième à partir du mur et le septième à partir du couloir. « Tout le monde n’a pas la chance d’être orphelin » disait Poil de Carotte, il n’empêche que dans cet orphelinat de Sibérie on découvre la situation de ces bébés et de ces enfants privés d’affection et de tendresse et de plus leur maltraitance y est insupportable. Holly et Eric repartent avec leur petite fille aux cheveux de jais et aux grands yeux noirs. Mais ce jour de noël, rien n’est comme avant chez Tatty/Tatiana qui est une adolescente désormais, Holly se pose des questions et surtout une phrase lui revient comme un leitmotiv incessant « quelque chose les avait suivis jusque chez eux », l’angoisse est telle que je n’ai pu lâcher ce livre avant de connaître la fin. Ce roman engendre mirage et fantasme. Au dérèglement des sens se superpose un amour immodéré d’une mère pour sa fille et le tragique demeure, voilà pourquoi ce roman est violent. Cet esprit d’hiver charrie les mots et les images, l’auteure distille des phrases sinueuses qui éveillent en nous l’effroi. Je vous laisse découvrir cette romancière à la plume ensorcelante. C’est une histoire simplement fascinante qui de plus vous subjugue jusqu’à la fin.

 

Ma dévotion de Julia Kerninon

ISBN : 2812616393
Éditeur : Editions du Rouergue (22/08/2018)
20180831_125344Résumé :

Quelle est la nature du sentiment qui lia toute sa vie Helen à Frank ?
Il faut leurs retrouvailles, par hasard à Londres, pour qu’elle revisite le cours de leur double existence. Elle n’espérait plus le revoir . Tous deux ont atteint les 80 ans – et l’on comprend qu’un événement tragique a mis fin à leur relation. Lire la Suite

Tenir jusqu’à l’aube de Carole Fives

 

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ISBN : 207279739X
Éditeur : Gallimard (16/08/2018)

«Et l’enfant ?
Il dort, il dort.
Que peut-il faire d’autre ?»

Une jeune mère célibataire s’occupe de son fils de deux ans. Du matin au soir, sans crèche, sans famille à proximité, sans budget pour une baby-sitter, ils vivent une relation fusionnelle. Pour échapper à l’étouffement, la mère s’autorise à fuguer certaines nuits. À quelques mètres de l’appartement d’abord, puis toujours un peu plus loin, toujours un peu plus tard, à la poursuite d’un semblant de légèreté.
Comme la chèvre de Monsieur Seguin, elle tire sur la corde, mais pour combien de temps encore? Lire la Suite

Hiver à sokcho d’élisa Shua Dusapin

ISBN : 2889273415
Éditeur : Editions Zoé (19/08/2016)

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À Sokcho, petite ville portuaire proche de la Corée du Nord, une jeune Franco-coréenne qui n’’est jamais allée en Europe rencontre un auteur de bande dessinée venu chercher l’’inspiration depuis sa Normandie natale.
C’’est l’’hiver, le froid ralentit tout, les poissons peuvent être venimeux, les corps douloureux, les malentendus suspendus, et l’’encre coule sur le papier, implacable : un lien fragile se noue entre ces deux êtres aux cultures si différentes. Lire la Suite

Une maison sur l’océan de Beatriz Williams

ISBN : 2714479766
Éditeur : Belfond (05/07/2018)
une-maison-sur-l-ocean[1]Des tensions de l’Europe en guerre à l’Amérique jazzy des sixties, Beatriz Williams livre un final palpitant, une magnifique histoire d’amitié et de passion, pour ponctuer la trilogie des soeœurs Schuyler.
À l’automne 1966, l’intrépide Pepper Schuyler est dans les ennuis jusqu’au cou : non seulement la belle est enceinte de son ex-patron, politicien influent qui la pourchasse à travers le pays, mais elle se retrouve seule et sans ressources. Son unique bien : une Mercedes de collection, qu’elle vient de vendre pour une coquette somme à une mystérieuse acquéreuse, Annabelle Dommerich. Lire la Suite